Je reprends ici un article sur la mémoire, que j'avais déjà publié le 5 janvier 2023, dans le cadre de l'élaboration d'un essai de philosophie politique appliquée intitulé de l'éthique à la politique en passant par la science, sur lequel je travaille actuellement. La mémoire est en effet un élément si capital dans le fonctionnement du cerveau humain, ce formidable système d’information qui régente nos organismes individuels, qu'elle peut servir à modéliser les systèmes d’information destinés à administrer nos organismes politiques modernes. J'ai donc été amené, tout au long de mon travail, à affiner et à compléter assez fréquemment cet article si essentiel dans le dispositif, afin de mieux décortiquer le modèle. Cette republication me permet d'arrêter une version plus aboutie que j'espère sinon définitive, du moins plus stable que la version d'origine aujourd'hui remplacée.
Exploitation de l'information utile
« le renseignement, c’est l’information juste, juste à temps, au service d’une action juste »
dimanche 11 janvier 2026
jeudi 23 octobre 2025
de la HIÉRARCHIE républicaine en DÉMOCRATIE : le cas d’école institutionnel de la cinquième RÉPUBLIQUE en question
La cinquième République, telle que nous en avons esquissé ici les grands principes[1] conformes à l’esprit de la politie aristotélicienne[2], c’est avant tout un chef, le monarque, détenteur suprême d’une autorité qu’il exerce au nom du peuple souverain sur une élite aristocratique placée à la tête du pays. Sous sa haute autorité, ces grands serviteurs de l’État forment une hiérarchie composée des ministres de son gouvernement, et des représentants du peuple réunis en Parlement. Les ministres exercent avec lui le pouvoir exécutif, tandis que les parlementaires contrôlent l’action des premiers, au nom du peuple souverain qui leur délègue le pouvoir législatif. Tous, dans l’exercice de leurs fonctions respectives, ministres comme parlementaires, à l’exception du chef de l’État, premier magistrat du pays dont l’autorité s'impose à l’ensemble de la nation, sont soumis à l’arbitrage des magistrats du siège détenteurs de l’autorité judiciaire.
mercredi 15 octobre 2025
du GOUVERNEMENT des hommes, de la CONDUITE de l’ÉTAT et du bon RÉGIME politique (suite)
Assiste-t-on dans notre pays, en cette fin de premier quart du XXIème siècle, à une crise de régime, à une crise de l’État, ou à une véritable crise Politique, au sens de la politie aristotélicienne ? Celle-ci impliquerait tout ensemble, gouvernement, conduite de l’État et régime politique, et ne serait en réalité qu’une crise de pouvoir doublée d’une crise de l’autorité fondant sa légitimité.
mardi 23 septembre 2025
du GOUVERNEMENT des hommes, de la CONDUITE de l’ÉTAT et du bon RÉGIME politique
Gouverner c’est prévoir, nous dit le proverbe. Pour être plus précis, je dirais que gouverner, c’est engager l’avenir sur lequel seul nous pouvons agir, quand le présent, enfant du passé, n’est plus en notre pouvoir dès qu’il advient. Agir, c’est anticiper et décider d’exercer un effet sur l’avenir. C’est décider à chaque instant d’un futur possible qui demeure toujours incertain dans l’instant présent.
mercredi 7 mai 2025
De l'éthique à la politique en passant par la science 8 (prologue - suite et fin)
Essai de philosophie politique appliquée (suite)
PROLOGUE (suite et fin)
… et un glossaire
Glossaire, c’est donc le premier mot qu’il convient de contextualiser. Il nous vient du latin glossarium, dérivé de glosa, glossa et du grec glôssa, désignant la langue et, en grammaire, un mot rare ou dialectal. Ces deux origines nous ont donné le mot « glose » pour désigner, selon l’Académie, « l’explication d'un mot ou de quelques mots obscurs d'une langue par d'autres mots de la même langue » et, par extension, « un commentaire servant à l’intelligence d’un texte ».
mardi 6 mai 2025
De l'éthique à la politique en passant par la science 7 (prologue - suite)
Essai de philosophie politique appliquée (suite)
PROLOGUE (suite)
en passant par les mots …
Avant
donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
(Nicolas Boileau).
« Et les mots pour le dire arrivent aisément »... J’ajouterais quant à moi, pour appuyer un peu lourdement, mais avec toute la rigueur scientifique qui s’impose, ce qu’énonce si clairement Boileau avec tout l’art consommé du poète dans l’usage des mots : « … à condition d’être connus avec toute la précision nécessaire à la clarté des idées, à leur fidélité aux réalités observées et à la pureté d’expression d’une pensée cohérente ».
lundi 5 mai 2025
De l'éthique à la politique en passant par la science 6 (prologue)
Essai de philosophie politique appliquée (suite)
PROLOGUE
des comptes ou du calcul à la pensée …
Calculer ou compter, c’est faire des comptes. Un compte, c’est le résultat de cette action. Le verbe compter nous vient du latin computare, « compter, calculer », de cum, « avec », et putare, « élaguer », « apurer », « penser, évaluer, réfléchir ou juger ».
Synonyme de « calculer », le verbe « compter », si l’on prête attention à son étymologie, peut également signifier « apurer ou juger avec ». D’où l’ambiguïté de ce mot qui se réfère aussi bien au calcul qu’à un jugement. On retrouve cette ambiguïté dans le langage des jeunes qui utilisent couramment de nos jours le verbe « calculer » pour « compter » avec ou pour (« il ne me calcule même pas » dira une jeune adolescente dans la cour de l’école à propos d’un garçon qu’elle kiffe, en réalisant qu’elle ne compte pas pour lui). Cette ambiguïté est la source de nombreuses incompréhensions, notamment en matière d’intelligence, lorsqu’on utilise ce vaste concept si difficile à cerner pour désigner des algorithmes, c’est-à-dire du calcul, dans l’expression « Intelligence Artificielle » (IA)[1]. Cette technique très mal nommée « intelligence », mais assez justement qualifiée d’artificielle, dont certains redoutent qu’elle rivalise avec l’homme jusqu’à dépasser l’espèce humaine, n’est en réalité qu’une immense capacité de calcul, et n’a sûrement pas la même portée que la pensée, la réflexion ou le jugement qui fondent notre humanité. La pascaline de Pascal calculait déjà plus vite que nous au XVIIe siècle. Calculer, ce n’est pas comprendre. Le réel ne se déchiffre pas : l’accumulation de données arrange la statistique, mais ne permet pas d’accéder à la connaissance. La gestion récente de l’épidémie de covid, que la religion du chiffre a transformé en pandémie, illustre bien cette numérisation néfaste de la pensée politique. Le calcul décidait de la politique car seul comptait le décompte des morts, et le nombre était devenu roi.
La science, dont le calcul mental et ses prolongements artificiels via les machines n’est qu’une toute petite partie, va bien au-delà du développement d’algorithmes et des innovations technologiques qui vont avec. À plus forte raison lorsqu’il s’agit d’en envisager les applications, elle doit pouvoir être partagée, et donc avant tout, reposer sur un langage rigoureux dont le premier impératif est de fixer le vocabulaire, voire de l’inventer si nécessaire.
« Un poète doit être plus utile qu’aucun citoyen de sa tribu » [2], nous dit Lautréamont. C’est le poète, en effet, qui invente les mots qu'emploieront ensuite les journalistes, les juristes, les diplomates, les scientifiques, les politiques et les citoyens. Mais, « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement », nous dit un autre poète, « Et les mots pour le dire arrivent aisément »[3].
Avant
donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
(Nicolas Boileau).
Pour appuyer un peu lourdement certes, mais avec toute la rigueur scientifique qui s’impose, ce qu’énonce si clairement Boileau avec tout l’art consommé du poète pour le bon usage des mots, j’ajouterais quant à moi :
« Et les mots pour le dire arrivent aisément … à condition d’être connus avec toute la précision nécessaire à la clarté des idées, à leur fidélité aux réalités observées et à la pureté d’expression d’une pensée cohérente ».
[1] En français, l’acronyme pourrait traduire plus justement l’expression "Informatique Augmentée".
[2] Lautréamont, Poésies II, 1870.
[3] Nicolas Boileau, L’Art poétique, 1674