La conscience, c'est de la connaissance « avec » (cum). Le mot nous est venu au XIIe siècle, selon l’Académie, du latin conscientia, « connaissance en commun », d’où « connaissance » et « connaissance intérieure ». C'est une forme de connaissance partagée « avec » l’autre ou mise en commun et, par extension du concept, « avec » soi-même, intérieurement. Mais, au-delà de cette extension que nous utiliserons ici pour nous intéresser à cette acception du terme qui désigne une sorte de perception intérieure, l’importance de son sens premier indiquant une connaissance partagée « avec » l’autre doit être soulignée. C’est lui, en effet, qui donne au mot sa dimension morale indiquant parfois une capacité à distinguer le bien du mal voire une volonté de choisir le bien, en lien avec cette connaissance partagée impliquant l’autre ou autrui.
De la science à la conscience, l’étymologie nous suggère donc cette notion de mise en commun qui transforme des données en connaissances dans nos mémoires individuelles, mais nous incite aussi à étendre ce partage au vaste domaine de la science, qui est indéniablement collectif, voire également à celui de la politique, qui est le prolongement de l’éthique au collectif. À l’inverse, ce qui est inconscient, c’est tout ce qui relève de notre fonctionnement organique individuel. Les échanges électriques entre les neurones sont des processus numériques inconscients qui font intervenir le calcul (ratio), comme tout ce qui permet à notre corps de fonctionner sans recours à la langue et aux mots qu’elle organise, à la pensée analogique et à la volonté qu’elle exprime. L’inconscient, c’est tout ce qui ne relève pas de la conscience, soit d’une connaissance explicite élaborée dans une mémoire déclarative par la pensée qui est analogique, mais relève au contraire, d’une connaissance implicite élaborée dans une mémoire tacite par le calcul qui est numérique.
S’il est vrai que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme le notait jadis Rabelais, le lien qui conduit de l’une à l’autre jusqu’en sa dimension morale, est sans aucun doute une affaire de sens. De la science à la conscience, il est en effet un lien fort, unissant dans la mémoire nos cinq sens au sens commun qui oriente l’éthique individuelle et l’action judicieuse.
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