La tripartition du jeu politique moderne s'impose désormais de plus en plus à de nombreux régimes démocratiques occidentaux parmi les plus anciens, dont le britannique et le nôtre structurés naguère autour de deux grands blocs se partageant alternativement le pouvoir. Réunissant en effet des hommes politiques rompus au jeu des alliances, ces deux grands blocs se sont progressivement fissurés pour engendrer un bloc central intermédiaire accueillant les partisans du « en même temps », un pied dans chaque camp. Le fonctionnement démocratique du pouvoir, qui repose sur l’alternance entre une majorité et une opposition suffisamment déterminées pour être clairement distinguées, s’en trouve ainsi fortement déréglé. Désormais au pouvoir dans notre pays, ce bloc central n’est plus confronté à un seul adversaire résolument opposé, mais à deux partis antagonistes repoussés aux extrêmes. Ces derniers sont alors condamnés à s’épuiser dans une lutte à distance stérile ou à combattre en ordre dispersé un bloc central bien soudé mais sans grande pertinence politique tant les clivages qu’il leur oppose sont à géométrie variable et le plus souvent purement fictifs. Confronté à une opposition ainsi dispersée, le bloc central s’épuise à son tour dans des jeux d’alliance qui l’empêchent de gouverner efficacement faute de pouvoir réunir les majorités nécessaires au respect du jeu démocratique.