Essai de philosophie politique appliquée (suite)
PROLOGUE (suite)
en passant par les mots …
Le mot est un signe sonore qui peut être transcrit
graphiquement, auquel est lié la représentation d’un être, d’un objet ou d’un
concept servant à exprimer des actions, des sentiments, des idées, ainsi que
leurs rapports.
Les mots sont comme des peaux sensibles
enveloppant les idées que l’on se fait des objets de la réalité, afin de
pouvoir s’en saisir pour interagir avec eux dans toutes les dimensions de
l’espace et du temps, passé et futur. Portés par une langue, mis en forme (information)
et organisés par une grammaire, ils permettent en effet au verbe (logos)
d’exercer sa fonction de raison
qui structure la pensée,
en remontant le temps pour ressusciter le passé, ou en se projetant dans
l’avenir pour concevoir des futurs possibles. Affranchissant ainsi l'homme de
son ancrage temporel qui l’emprisonne physiquement dans le présent, les mots
portés par la langue lui permettent de voyager dans le temps en mémorisant le passé que la pensée
ressuscite, et en se projetant dans un avenir qu’elle imagine pour anticiper,
décider en conscience
et agir. Ce sont les artisans de la mémoire
qui façonnent l’intelligence.
Il faut donc s’intéresser aux mots et à la langue qui les organise, car
ils sont la matière première de notre pensée
construite par la conscience
que nous avons du monde dans lequel nous évoluons.
J’aime les mots. Ce sont les images de réalités
observées. Ils se souviennent des nécessités qui les ont inventées, et leur
histoire dont l’étymologie rend en partie compte leur donne une profondeur et
un poids auxquels nous ne prêtons pas toujours l’attention nécessaire. Prêter
attention au sens
profond des mots, c’est en particulier tenir compte de leur étymologie et
de son poids important sur l’inconscient collectif
que l’usage linguistique commun contribue à façonner. L'étymologie parfois nous
aide à rencontrer ces réalités auxquelles les mots doivent s’identifier
avec précision. « Étymologie », par exemple, nous vient du grec etumon
(élément authentique d'un mot), lui-même dérivé de etumos (vrai).
Littéralement, l'étymologie est la recherche du sens
authentique des mots. Cette recherche est souvent riche d’enseignements.
Partant de ce que nous dit le dictionnaire, on peut ainsi rechercher le sens
juste des mots en s’appuyant sur leur histoire. Dans les dictionnaires, les
mots sont, comme des amers portés sur les cartes marines : des
repères qui permettent de naviguer sur l’océan des idées. Comme eux, ils
doivent s'identifier avec précision aux objets conceptuels qu'ils désignent sur
les rivages de l'esprit. Sans la discipline de cet exercice d'identification
rigoureux, nul ne peut espérer arriver à bon port et atteindre les lumières de
la connaissance
en évitant les écueils, dangers et autres sirènes dont sont pavées toutes les
aventures de la pensée
humaine.
Parmi toutes ces aventures, celle de l’information
dans notre société hypermédiatisée,
mérite toute notre attention afin d’identifier avec précision quelques mots
utiles à son succès dans la Cité, en reconnaissant ce lien existentiel entre la
langue et le peuple
qui la parle, qui pense
et respire au travers de ses mots. Compte tenu de l’immense complexité des concepts attachés au couple information-communication et à ce « tressage
inextricable »
que les Sciences
de l’Information et de la Communication (SIC ) incarnent dans toute leur diversité, ce travail sur le vocabulaire a
été conçu comme une balade au fil des mots gravitant autour des concepts
centraux d’information, de communication
et de documentation. L’intention est d’en contextualiser le
sens
afin de permettre la conception de systèmes
d’information
documentaire
adaptés à une pratique scientifique de l’intelligence
collective dans une mémoire partagée. Le
caractère éminemment politique
d’une telle mémoire qui, utilisée collégialement, peut tenir
lieu de véritable conscience collective, justifie en effet pleinement que la science (informatique et sciences de l’ingénieur bien sûr, mais aussi et
surtout sciences de l’information et sciences humaines), s’y investisse pleinement, dans
l’esprit d’une conscience politique dûment motivée par le sens
de l’État.
Pour comprendre le territoire, il faut dessiner des
cartes justes et pertinentes. En assimilant le territoire à un champ scientifique
ou culturel, et la carte à un système de pensée,
on peut dessiner une carte juste et pertinente de l’espace que nous nous
apprêtons à arpenter, à l’intersection de celui des SIC avec celui de la
philosophie politique.
Il s’agit de permettre une navigation sûre dans le dédale de la documentation
scientifique ou politique,
à l’aide de véritables systèmes d’information
adaptés à la mise en œuvre d’une intelligence
collective. Ces derniers devront organiser l’exploitation et le partage des
connaissances
utiles à la pratique politique
et à l’exercice de la démocratie,
en s’appuyant sur des concepts dûment identifiés grâce aux mots qui les
portent.
C’est donc sous
la forme insolite d’une sorte de glossaire
que se présente cet essai de philosophie politique
appliquée. Il aborde chacun de ces mots
sous forme d’items
ou d’articles se succédant au fil d’un propos destiné à guider les praticiens dans
la mise en œuvre des concepts associés, plutôt qu’en suivant un ordre
alphabétique plus conventionnel. Chaque item peut néanmoins être
consulté indépendamment de la progression du discours, à partir d’un index alphabétique
en fin d’ouvrage indiquant la page où le trouver. Dans la version électronique
de l’ouvrage, des liens hypertextes permettent en outre d’accéder aux différents
items, à partir des mots correspondants lorsqu’ils apparaissent
dans le texte.