mercredi 4 janvier 2023

de l'INTELLIGENCE (T4)

L’intelligence, c’est le travail de la mémoire qui donne tout son sens à la décision dans l’action. La difficulté qu’il y a à cerner avec précision ce vaste concept invite à s’y atteler d’emblée en tentant d’en simplifier à l’extrême le contenu afin de pouvoir l’aborder sans s’y perdre. Comme de Gaulle en route vers l’Orient compliqué, nous tenterons donc d’aborder la complexité du concept « avec des idées simples ».

La première idée simple à prendre en compte est ce qui la distingue de l’Intelligence Artificielle (IA). Contrairement à l’IA qui procède d’une capacité de mémoire bien supérieure, mais ne ressent rien, n'imagine rien, n'invente rien et ne repose que sur le calcul rationnel ou l’algorithmique, l’intelligence se fonde sur la faculté de sentir (les cinq sens + l'intuition), puis de signifier ou enseigner par analogie en donnant du sens (orientation) au raisonnement pour concevoir (imaginer, inventer, créer) des idées raisonnables, c’est-à-dire conformes à la raison, soit à ce qui confère à l’homme son caractère proprement humain ou son esprit. L’IA classe, segmente, anticipe, mais ne pense pas, elle calcule. Elle ne comprend pas non plus, elle corrèle. Elle n’imagine pas, elle simule. Ce n’est qu’une puissance de traitement mais certainement pas une machine à penser. La force de l’IA réside dans sa capacité à relier entre elles des données en nombre illimité, dans une mémoire immensément vaste, mais elle ne peut en aucun cas permettre de transformer ces informations en connaissances puis en savoirs leur donnant ce sens qu’aucun algorithme ne saurait déchiffrer, lire ou interpréter au-delà du cadre logico-mathématique dans lequel leur formulation numérique les cantonne.

L’intelligence, la vraie, celle qui est naturelle, c’est une activité de la mémoire. Elle se manifeste dans notre cerveau selon deux modes distincts. Une première intelligence, dite procédurale ou algorithmique, suscite d’abord des automatismes (actes réflexes ou mémorisation inconsciente), et une deuxième, dite conceptuelle, engendre une pensée consciente. La seconde, l’intelligence conceptuelle, spécifique de l’espèce humaine, qui fait appel à la pensée ou à la réflexion c’est-à-dire à un dialogue avec soi-même porteur de raison, demeure néanmoins tout autant que la première, « essentiellement pratique et orientée vers l’action ». Deuxième idée simple : au regard de « la complexité illimitée des objets » qu’elle perçoit, au travers de la « situation qui nous met en relation avec eux » et de « l’intention » qui nous anime à leur égard, nous verrons que cette « pensée est simple ».[1]

Au-delà de cette simplicité que nous retiendrons pour étendre ce travail de la mémoire individuelle au développement d’une intelligence collective, c’est ce sens que l’intelligence donne à la décision dans l’action en l’orientant avec discernement, qui semble le mieux caractériser sa fonction pratique.



[1] Michel Volle, Le rapport entre la pensée et ses objets, volle.com, 09/12/2017.


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