mardi 24 janvier 2023

de l’AUTORITÉ (T24.1)

L’autorité, ce « pouvoir de commander » selon l’Académie, c’est en réalité le droit de commander allié à l’art de se faire obéir du souverain ou du chef, et au devoir d’obéir de ses sujets ou de ses subordonnés.

Le Grand dictionnaire de la philosophie la définit comme la « faculté pour une personne physique ou morale d’être l’auteur de ses propres actes » . Cette dernière définition, quoique bien trop générale pour nous être utile en pratique, est intéressante néanmoins à noter, car elle indique que l’autorité est indissociable de la notion de responsabilité. S’agissant de l’État, soit une personne morale, l’autorité réside dans sa capacité à s’imposer en toute responsabilité dans le jeu collectif. Dans un monde parfait, cette capacité devrait pouvoir s’exprimer de manière naturelle, par simple consentement, en excluant toute forme de force, non seulement physique, mais également mentale. Même si le monde n’est pas toujours parfait, nul doute que l’autorité n’est pas seulement une question de force.

Face à « l'ordre égalitaire de la persuasion », se tient « l’ordre autoritaire », qui est toujours « hiérarchique », nous dit Hannah Arendt qui précise sa vision de l’autorité en revenant sur l’étymologie du mot. Celui-ci, nous dit-elle, vient du latin auctoritas, dérivant du verbe augere, « augmenter ». Ce qui fonde l’autorité de ceux qui commandent, c’est une sorte de transcendance, une valeur sacrée en provenance du passé, qu’il convient d’entretenir en la sublimant ou en perpétuant son évidence, soit en élevant sans cesse sa pertinence. Ce qui fait l’autorité de l’État, c’est une hiérarchie reconnue par tous comme légitime.

Tandis que le pouvoir est basé sur la légalité, l’autorité, quant à elle, se fonde sur la légitimité. S’il faut bien parler ici de consentement, ce n’est pas de celui que nous « fabriquent » le démagogue ou le propagandiste et tous les adeptes d'Edward Bernays[1], mais bien du consentement à une hiérarchie, consentement qui est au cœur de l’organisation de la Cité.



[1]     Publicitaire américain considéré parfois comme le père de la propagande politique et de l’industrie des « relations publiques », auteur de Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie en 1928.


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